[...] Nous avons faim du verbiage prolixe des docteurs en pauvreté. Ils nous intéressent.
Les journaux publient leurs articles, la télévision en parle, la fiction la distord (mais pas
autant que les gouvernements). On écrit des livres sur la pauvreté, puis on les lit. Vous le
savez aussi bien que moi.
Mais c’est vraiment surprenant. Car la pauvreté est un sujet délicat. Je suis certain
qu’elle engendre la honte ou l’agacement chez la plupart d’entre nous. Penser à la pauvreté peut troubler ou interrompre la jouissance de certains privilèges. Cela risque de
gâcher un bon dîner ou le plaisir tiré d’un joli compte en banque. »
Robert McLiam Wilson,
2007, Les dépossédés, éd. du Seuil, coll. Points, p. 22-23
(1re édition en français: Christian Bourgois éditeur,
2005; titre original: The Dispossessed, 1992)